Par son fondateur Jean-Marie Mercier

Jean-Marie Mercier

Bernadette notre présidente m’a proposé de présenter l’histoire du Pochon dans la Niouzleteur de la Conviviale pour les salariés les plus récents qui paraît-il n’en ont aucune idée. Je ne les connais pas et ils ne me connaissent pas. Il faut dire qu’ils n’étaient peut-être pas nés quand j’ai ouvert avec Chantal, ma belle-sœur, il y aura 50 ans en septembre, la gargote anonyme qui, quelques mois plus tard, prendra le nom de Pochon magique et l’a gardé jusqu’à présent. Personne à l’époque n’imaginait que ça allait durer aussi longtemps, ni même simplement que ça allait durer et qu’un jour, moi le fondateur du petit restaurant, je devrais raconter ce que j’étais en train de vivre à des gens qui y travailleraient, en vivraient et en ignoreraient tout.  Ce qu’à l’époque nous aurions appelé un bulletin d’information ou une gazette s’appelle aujourd’hui une Niouzleteur.

A l’heure du Non à la loi Duplomb, de l’agonie de Gaza, et de la furieuse partie Trumpienne de Monopoly planétaire, il y a pour moi quelque chose de surréaliste à rappeler cette époque grosse de nos rêves généreux mais   sans eux le Pochon magique n’existerait pas aujourd’hui.

Les fondateurs du Pochon inscrivaient consciemment leur petite histoire dans la Grande. Le Pochon, pensions-nous était l’avenir de l’homme. Entre deux rires quand même car nous   étions sérieux mais joyeux. Fraternité, Nous savions tout. Le Rapport Meadows dressait l’état désastreux de la planète et tous ceux qui voulaient savoir savaient. C’était marqué dans les journaux. Nous voulions changer tout ça. Vivre et travailler autrement.

Des années de militantisme disons classique (réunions, réflexions, déclarations, proclamations, protestations informations, manifestations dans la foulée de 68 m’avaient convaincu comme beaucoup qu’il ne fallait pas remettre à plus tard les changements que nous souhaitions, dans l’attente du Grand Soir de la Révolution mondiale et qu’il fallait à l’échelle personnelle et locale ici et maintenant réaliser les changements que nous souhaitions. Cet état d’esprit a été incroyablement fécond en créations « alternatives » comme on disait alors et cela partout. Y compris donc à Belfort : associations, librairie, crèche, troupe de théâtre, ateliers d’écriture, cinéma, école parallèle, groupes de parole, d’informations, de formation, journaux et radio parallèles, communautés, maraîchage, élevage, fromages, agriculture bio, artisanat et donc pour moi, un restaurant avec l’idée de se nourrir et de travailler autrement.

J’étais prof de philo à l’époque mal à l’aise dans une école qui à mes yeux ne tenait pas les promesses émancipatrices auxquelles j’avais cru, je me suis donc mis en disponibilité avec quelques petites économies, ce projet de restaurant en tête, l’envie de rompre avec la mal bouffe, les rapports de subordination dans le travail et la course au fric. Grands rêves donc et petits moyens. Ça a marché couci-couça mais largement mieux que prévu jusqu’à aujourd’hui !

J’ai raconté les enthousiasmes, dans un petit livre, très beau pas cher les difficultés, les échecs et les réussites des trente premières années, les trente premières années de la belle aventure que vous poursuivez aujourd’hui. (« La ballade du Pochon » disponible ici même ou au Grenier vert). J’aurais évidemment plein de choses à ajouter mais pour éviter le radotage et ouvrir le dialogue je serais vraiment content de lire de vos nouvelles, vos questions, vos suggestions dans le prochain numéro de la Niouzleteur que vous lisez aujourd’hui. – ou autour d’un verre au Pochon…Chiche !